CONTE D’HIVER

Il n’y a pas très longtemps de ça, un jour gris argenté de la fin décembre, j’arpentais les collines des belles Corbières. La brise hivernale me mordillait les joues. Le silence résonnait sous mes pas. Un soleil pâle sorti de sa cachette m’invitait à m’asseoir sur quelques pierres à l’abri du vent. Un vieux chêne m’offrait son tronc en guise de dossier confortable.
Je respirais le calme, la terre, le ciel, en m’emplissant de la paix qui émanait de cet endroit. Je pensais : « La nature dort, elle est en repos pour se gonfler d’une nouvelle énergie qui lui permettra de se réveiller au printemps, avec de nouvelles promesses de couleurs, odeurs et fruits savoureux… »
L’apparition d’un vieil homme me tirait de mes songes. Son aspect très particulier me fit quelque peu reculer (manière de parler : mon confortable dossier m’en empêchait !) et une vague inquiétude grignotait un bout du creux de mon estomac. Le vieillard posa son index sur ses lèvres me conviant au silence. S’asseyant à mes cotés, il m’offrit le merveilleux cadeau d’un secret, venu de la nuit des temps. Le secret de l’Hiver.
« L’Homme se connaît si peu…et il a tant de trésors ignorés, cachés au fond de lui-même…
Ces trésors sont un peu comme des graines, de couleurs et de formes différentes, chacune contenant un suc, une saveur, une odeur, une vertu, un pouvoir, un talent, une force particulière.
…Si l’Homme utilise le temps d’hiver en imitant la nature (dont il fait partie bien entendu) comme un temps de repos, d’hibernation…
…S’il utilise le froid pour se permettre de ralentir ses gestes, diminuer l’agitation et la fébrilité qui l’habitent…
…S’il marque un temps d’arrêt pour observer ses habitudes…
…S’il observe ses respirations en sentant qu’elles sont comme le jour et la nuit, comme les saisons, le chaud et le froid…
…S’il apprend à écouter le silence au fond de lui…
Son intuition l’aidera à choisir une de ces graines précieuses. Il pourra la regarder, la reconnaître, essayer de deviner toutes les promesses qu’elle contient. Il pourra la choyer, la couver comme un trésor ; ce sera comme une chrysalide qui attends sans attendre, qui sait que le temps viendra où elle pourra déployer ses ailes.
Ainsi l’Homme attendra sans attendre le printemps qui permettra à la graine nouvelle d’éclore, de le surprendre par toutes les nouveautés qu’elle contient, qu’elle lui offre…
Chaque année il pourra en choisir une nouvelle…
Et année après année, ces graines permettrons à l’Homme de grandir, comme l’arbre, en forçant ses racines, en multipliant ses branches, en enrichissant ses fruits et saveurs… »
Dans un éclat de rire lumineux, joyeux, le vieil homme disparût comme il était venu.
Me venaient alors quelques bribes du texte de Nelson Mandela : « Notre plus grande peur est peut-être non pas de ne pas être à la hauteur, mais d’être puissants au-delà de toute limite… »
Je souriais aux quelques brins d’herbes sèches qui m’entouraient et me sentais envahi par une grande paix. Je décidais d’écouter le silence qui m’entourait comme celui qui se tient au chaud à l’intérieur de moi, pour laisser monter à la surface de ma conscience une nouvelle petite graine pour l’année à venir.
Karla Doyen

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